Il est des lois dont on n’oublie jamais la portée et les conséquences. Elles ont pour la plupart connu une genèse difficile et un accouchement délicat. Elles restent souvent liées à leur géniteur et marquent de leur empreinte l’inconscient collectif. Ainsi, en France, la loi Veil sur l’avortement relève de ces conditions et continue aujourd’hui encore d’alimenter bien des conversations.
En approuvant par 219 voix contre 212 la réforme de la couverture santé défendue par le président Barack Obama le dimanche 21 Mars, la Chambre des Représentants a conduit les Etats-Unis à tourner une page de leur histoire, faisant de ce jour une date à jamais ancrée dans l’inconscient collectif américain. Une avancée sociale sans précédent, un engagement total de l’ensemble du Parti Démocrate, fournissant une protection sociale à 32 millions d’américains non assurés. Ted Kennedy, qui toute sa vie, avait porté ce projet à bout de bras, a ainsi reçu un hommage posthume.
Bien entendu, les Républicains, hostiles à cette loi, ont souligné en premier lieu son coût : la hausse des impôts qui accompagnera la mise en place de cette disposition sera d’environ 400 milliards de dollars sur dix ans. Mais que vaut ce chiffre au regard du problème posé ? Que pèse t’il par exemple au regard des milliards de dollars dégagés pour le sauvetage des banques américaines. Car comme le souligne Patrick Kennedy, fils du sénateur du Massachussetts : « la couverture santé n’est pas seulement un droit humain, c’est une question morale ».
A la lecture de certaines dispositions prévues par ce texte, on comprend mieux la dimension historique que beaucoup lui confèrent. L’obligation pour chacun de se couvrir dès 2014, la mise en place de contributions au niveau fédéral pour développer un programme d’assurance gratuite en direction de 16 millions de personnes à faible revenu, la couverture médicale assurée par les parents pour leurs enfants jusqu’à 26 ans, le financement par l’impôt en taxant notamment les investissements des ménages les plus riches et en augmentant les prélèvements obligatoires sur les salaires.
Thème principal de la campagne de Barack Obama, cette réforme de la santé apparait sous bien des aspects, comme un tournant décisif dans la politique américaine : elle s’inspire par certains côtés des systèmes de couverture mis en place en Europe tout en tenant compte de l’histoire, des spécificités américaines et des nouvelles réalités économique et sociale du monde. Mais elle s’apparente surtout à un changement complet de philosophie de la part des Etats-Unis plus habitués à servir de modèle que de copier. De toute évidence, Barack Obama entend poursuivre sa politique vers plus de justice sociale, plus de solidarité et de lutte contre la précarité. Un exemple que certains aujourd’hui seraient bien aise de suivre