ven 5 sept 2008
Cette semaine, nos enfants ont attrapé leur cartable et repris avec le sourire –pour la plupart- le chemin de l’école. Une rentrée sans grève, sans heurt, sans conflit pourrait-on croire. Mais ce qui se trame dans les coulisses du gouvernement ne laisse augurer pourtant rien de bon. La réforme des écoles menée tambour battant par le ministre de l’Education Nationale Xavier Darcos jette aux orties les fondements mêmes de la pédagogie scolaire. L’épanouissement des enfants a été sacrifié sur l’autel de la rentabilité : 11 200 suppressions de postes pour cette rentrée, 13 000 l’année prochaine. Si ce n’est une coupe sombre, je ne sais pas de quoi il s’agit. Plus de la moitié des fonctionnaires partant à la retraite ne seront pas remplacés. Et comme si cela ne suffisait pas, le ministre de l’Education a lancé en cette rentrée une réforme spectaculaire sans concertation avec les élus locaux.
La mise en place de la semaine de quatre jours ne devait ainsi pas être lancée à l’improviste. Jacques Pelissard, le président de l’Association des Maires de France, pourtant UMP, avait lui-même demandé un report d’un an. Sans succès malheureusement. Les Villes n’ont donc eu que deux mois pour trouver des solutions et de nouveaux financements. Le gouvernement n’a sous doute pas réalisé que la baisse d’environ 60 heures de cours par an impactera directement les villes puisque les centres de loisirs viendront pallier ce manque, en augmentant leur nombre de jours d’ouverture.
Le soutien scolaire est aussi une erreur gouvernementale puisque des études surveillées, par des enseignants volontaires et rémunérés par la mairie, existaient déjà avant le lancement de cette réforme. Cette dernière n’aura d’ailleurs qu’un faible impact étant donné son caractère facultatif. Ce n’est pas une nouveauté, ces réformes ont un coût que l’Etat ne souhaite pas payer. Résultat : les Villes prennent une nouvelle fois en charge une réforme gouvernementale, sans avoir au préalable été sollicitées ! Si le rôle d’un ministre, c’est de faire voter simplement les lois pour demander ensuite aux collectivités locales de les aplliquer, je peux le faire aussi !
Au-delà de cette réforme, même les objectifs éducatifs pour cette rentrée comportent de nombreuses bizarreries : retour au « par cœur », retour aux fondamentaux (en mathématiques et en français notamment), retour à la morale et à l’ordre. Vous l’aurez compris, le mot à la mode cette année sera « retour » en arrière. L’école voulue par Nicolas Sarkozy place ainsi le savoir-faire au-dessus du savoir être, l’instruction au-dessus de l’éducation, l’élève au-dessus du citoyen. L’école républicaine doit-elle se résoudre à abandonner ses lettres de noblesse et se ranger en dessous de la bannière macro-économique ? Est-ce cela que nous voulons : former des fourmis et non des hommes ? Je suis sûr que le gouvernement français serait enchanté si les jeunes rentraient tous dans le même moule. L’école française prend un mauvais virage, celui de l’uniformité et de l’insipidité. Un seul moule pour un millier de jeunesses… Et pourtant, les bons soldats n’ont jamais fait de grands hommes. Qu’adviendra t-il alors des jeunes en marge ? Qu’en sera-t-il alors de l’accueil des handicapés dans les établissements scolaires ? La motivation des enfants à poursuivre leur scolarité et l’envie des enseignants à les intégrer ne suffisent plus. Ces derniers avouent ainsi ne pas avoir été formés à ce public. Xavier Darcos leur avait pourtant promis une formation adaptée. Une lettre morte de plus.
Dans l’esprit du gouvernement, cette rentrée scolaire signe la victoire du travail sur l’oisiveté. La victoire de l’Etat sur l’homme. L’émancipation des jeunes est niée. Le retour à la réalité n’en est plus que brutal. Depuis des décennies, le moule était au grenier. Aujourd’hui, il est de retour…
mer 9 juil 2008
La semaine de notre cher président de la République confine malheureusement l’action gouvernementale au ridicule. Le pouvoir d’achat, la crise du logement et la crise économique et sociale sont repoussés aux calendes grecques par le truchement d’une nouvelle poussée de fièvre médiatique, désormais chronique, de Nicolas Sarkozy. Je crois même qu’il s’est surpassé la semaine dernière en de multiples occasions.
La première fut lors de la prise de la présidence française de l’Europe le 1er juillet dernier. En moins de 24 heures, le président Sarkozy a agressé verbalement le commissaire européen au commerce Peter Mandelson en le rendant publiquement responsable du « non » irlandais au référendum sur le traité de Lisbonne. A l’heure où les pays européens doivent s’unir pour traverser l’une des plus grandes crises connues, l’intervention de Nicolas Sarkozy, en plus d’être irresponsable, crispe l’ensemble de la classe politique continentale. Est-ce comme cela désormais que l’on fait avancer les sujets européens ? Je ne le crois pas.
Je ne crois pas non plus que la provocation soit un moyen efficace pour trouver des solutions aux problèmes nationaux. La tragédie de Carcassonne le week-end dernier appelait au recueillement dans un premier temps puis à la recherche de la vérité avec rapidité mais avec discernement. Pointer du doigt le général Bruno Cuche comme le responsable de cette tragédie, sans autre forme de procès, relève de l’erreur grossière. L’erreur de la Rupture présidentielle.
Rupture aussi avec les fondements républicains comme en atteste la refonte hâtive de l’audiovisuel public qui met un pouvoir supplémentaire entre les mains du président de la république, lequel pourra désigner librement le nom du président de France Télévision, en lieu et place du CSA. Qui aurait crû que Nicolas Sarkozy allait devenir en 2008 le nouveau PDG de l’ORTF, succédant ainsi à Marceau Long qui géra cet établissement jusqu’à la fin 1974, date officielle –jusqu’à cette semaine- de l’arrêt de cette institution publique ?
Il se fait même apôtre du populisme avec une arrogance qui sied parfaitement à ces tribuns qui s’expriment sur tout et rien, pourvu seulement qu’ils occupent l’espace médiatique. Face à ces amis de l’UMP, le président lâcha ainsi les chevaux et méprisa ouvertement la grève et les grévistes, en expliquant avec fatuité que désormais personne ne leur prête attention. Ne pas prêter attention à des hommes et des femmes en souffrance…pour un président de la République Française qui s’est engagé il y a un an à représenter tous les Français, cela est assez édifiant.
Les jours, les semaines, les mois passent et Nicolas Sarkozy creuse un peu plus son sillon, celui de la suffisance, de l’irrespect et de l’arrogance. L’actuel président de la République est en cela totalement de ses prédécesseurs de la 5ème république : Nicolas Sarkozy est un bateleur à col blanc.
ven 13 juin 2008
Les primaires démocrates sont –enfin- terminées, Hilary Clinton décidant finalement de se retirer de la course à la désignation et laissant ainsi le champ libre au sénateur Obama. On le sait, son affrontement avec le candidat républicain John Mac Cain sera éprouvant, dur, difficile. Les raisons : un climat international sous tension, une récession économique en toile de fond et des crises sociales (logements, précarité) s’aggravant. Ces facteurs sont favorables aux conservateurs dans un pays cherchant un second souffle. D’ailleurs, les républicains ne s’y trompent pas, ils sont derrières leur candidat comme un seul homme. Leur seule « obligation » : s’éloigner toujours plus d’un homme dont le bilan est pour le moins calamiteux : George W. Bush. L’ancien vétéran du Vietnam craint moins son actuel adversaire que la présence plus que gênante de l’actuel président des Etats-Unis parmi ses soutiens. Même s’il a pris des positions honnêtes et courageuses contre son parti, notamment en matière de développement durable, soyons assurés que John Mac Cain poursuivra l’œuvre de son prédécesseur au niveau économique, privilégiant davantage une politique fiscale injuste et faisant exploser les inégalités plutôt qu’une redistribution équitable basée sur le travail.
Barack Obama est selon moi le candidat le plus à même de changer la donne de son pays et de répondre aux attentes de ses concitoyens. Précurseur sur les questions sociales, défenseur de l’assurance maladie, favorable à la régulation d’un capitalisme vorace, autant de postures en tout point différentes de celui de son opposant. Son origine, son histoire, sa vision, sont à mettre également en balance à l’heure de cette élection. D’ailleurs à ce propos, alors que la France aime donner des leçons de morale à nombre de pays, et en particulier aux Etats-Unis, je tiens à applaudir avec enthousiasme le parti démocrate et ses militants qui promeuvent comme candidat un homme de 47 ans issu, comme on le dit habituellement, de la minorité. Qu’en sera t-il de même en France ?
Il ne s’agit pas ici d’une simple élection présidentielle d’un quelconque pays : la couverture médiatique depuis le début de l’année montre en effet un réel engouement du public français pour ces élections outre-Atlantique. Car, malgré l’émergence des pays asiatiques dans le concert mondial, les Etats-Unis demeurent la puissance « occidentale » la plus importante et la plus influente. La crise des subprimes, ses conséquences sur la situation économique de l’Europe notamment, tend à démontrer qu’à l’heure d’une globalisation qui déboussole le monde, le pays de l’oncle Sam reste encore notre Nord, d’un point de vu économique j’entends.
Loin de moi l’idée d’inféoder Paris à Washington mais plutôt que d’entretenir des relations pernicieuses (intégration à l’OTAN, augmentation du contingent de soldats français en Afghanistan, etc.) nous devons créer une relation de confiance basée sur un dialogue franc et honnête. Pour cela, nous devons avoir face à nous un interlocuteur attentif aux évolutions du monde. Les sujets à débattre ne manquent pas : le taux de change Dollar / Euro, le développement durable et le protocole de Kyoto, les tensions au Moyen-Orient…Les Etats-Unis doivent être un partenaire fiable de l’Union Européenne sur bon nombre de dossiers. Cette élection présidentielle doit augurer pour tous des lendemains chantants.