ven 5 fév 2010
“PROFONDEMENT NORMAL”
Posté par Ludovic Freygefond sous la catégorie ActualitésPas de commentaire - Ajouter un commentaire
C’est ainsi qu’Eric Woerth a qualifié le dispositif mis en avant dans le décret relatif à la réorientation professionnelle des fonctionnaires de l’Etat qui sera présenté le 11 Février prochain. Profondément injuste, serait-on plutôt tenté de rajouter tant la mesure parait pour le moins contestable : il instaure en effet la mise en disponibilité du fonctionnaire placé en statut de réorientation s’il refuse trois postes en vue d’une nouvelle affectation, c’est-à-dire sans travail ni salaire.
Les racines de cette décision étaient insidieusement contenues dans la loi votée le 3 Août dernier portant sur la mobilité et les parcours professionnels dans la fonction publique. En soi, la nouvelle législation n’est pas forcement rebutante : elle comporte notamment « des innovations de plusieurs ordres qui vont permettre de décloisonner les corps et les administrations » comme le précise en préambule le texte officiel.
En premier lieu, elle prévoit de créer les conditions qui permettent d’assurer la continuité et l’adaptabilité du service. Elle prend aussi des dispositions qui visent à moderniser les pratiques de recrutement et de gestion des ressources humaines dans la fonction publique. Modernité et développement des services publics : voici des thèmes qui nous sont chers et dont nos concitoyens voudraient enfin voir la transposition du discours dans les faits.
En foi de quoi, le gouvernement, obnubilé par sa politique du « résultat à tout prix », trouvant sans doute que le rythme de départ à la retraite n’était pas assez rapide dans la fonction publique, vient de porter un rude coup aux personnels de l’Etat. Dans un discours prononcé à l’Institut Régional d’Administration de Nantes en Septembre 2007, Nicolas Sarkozy affirmait pourtant sa volonté de voir les fonctionnaires exercer leurs propres souhaits de mobilité et qu’à ce titre, il fallait lever les obstacles statutaires et financiers s’y afférant.
Eric Woerth a finalement une lecture assez personnelle de la loi et du dialogue social. Car en ne fixant aucune limite géographique à la mobilité et en contraignant les fonctionnaires à la disponibilité, le ministre va au-delà même des pratiques en vigueur dans le secteur privé. Ici, l’employé licencié pour avoir refusé la mobilité a droit à des indemnités chômage. Et il me revient en mémoire l’intervention télévisée du président de la République la semaine dernière, annonçant tout de go à un contractuel de la fonction publique sa prochaine titularisation. Entre décalage et démagogie…